art comme amour - video comme vie
Notes de passage en Corée
Arriver.
Depuis l’aéroport, les routes sont larges, fluides, propres.
Je regarde le soleil tomber trop vite.
Les immeubles surgissent puis disparaissent.
On finit toujours quelque part entre ces blocs identiques.
Très vite, mon corps comprend qu’il a changé de territoire.
La nourriture est plus intense : plus sucrée, plus salée, surtout plus épicée.
Je reconnais, et pourtant non.
Un poulet frit nappé de sauce rouge, brillant, presque sucré, puis soudain brûlant.
Ici, le point de départ n’est pas le même.
Le confort est partout.
Je marche pieds nus sur un sol bien chaud.
Assez pour faire fondre du chocolat oublié dans ma valise.
Tout est pensé pour aller plus vite.
Je peux commander, payer, recevoir sans parler.
Même dans la rue, un numéro de compte suffit.
La ville ne se tait jamais.
Dans le métro, les voix annoncent, répètent, expliquent.
Je me laisse guider sans résister.
Les écrans indiquent où descendre, où me placer.
Même un retard de vingt secondes appelle des excuses.
Dehors, des banderoles disent comment faire.
Et puis il y a la densité.
Dans certaines rames, je ne respire presque plus.
Ligne 9, aux heures pleines.
Les corps tiennent, serrés, silencieux.
Je tiens avec eux.
Ailleurs, cela céderait. Ici, non.
Les objets sont partout.
Je remarque les porte-clés accrochés aux sacs, plus décoratifs qu’utiles.
Des personnages, des visages, du « mignon ».
Et des emballages multiples, soignés, parfois excessifs.
Je jette beaucoup.
Plus que ce que je garde.
On mange beaucoup.
Dehors surtout.
Il suffit parfois d’un bol de riz pour que tout s’organise autour.
Dans un marché, je retrouve un goût d’enfance.
Quelque chose d’introuvable ailleurs.
La ville est rapide, mais tout ne disparaît pas.
Le matin, je vais au bain public.
Des voix de femmes remplissent l’espace.
Des gobelets de café glacé sont posés devant le sauna.
Je regarde ces gestes anciens au milieu des systèmes les plus récents.
Être ici, pour moi, c’est être à la fois dedans et dehors.
Je reconnais certaines choses. D’autres m’échappent.
On me considère comme étrangère.
Et pourtant, quelque chose en moi répond.
Un léger décalage persiste.
Je le sens dans mon corps.
Comme un jetlag qui ne part pas.
Plus difficile en allant vers l’est.
Et puis cette impression étrange :
Celle d’un futur déjà installé.
Des écrans partout, dedans, dehors.
Une ville qui anticipe mes gestes.
Et au milieu de tout ça,
Je garde des moments très simples.
Un repas trop tôt dans l’après-midi.
Comme si l’heure n’avait pas d’importance.
Partir, repartir.
JiSun LEE, 2026

Links / Liens >